Les Puits

Comme dans certaines fictions d’Henri Michaux (Voyage en Grande Garabagne, Les Meidosems), le lecteur est plongé dans un monde inconnu : une ville où s’ouvrent de mystérieux halos de lumière, appelés les puits. Le texte consiste en une suite de séquences relativement indépendantes les unes des autres, qui s’ouvrent et se referment comme les puits qu’elles décrivent. Souvent interpellé au vous, comme dans « un livre dont vous êtes le héros », le lecteur est progressivement mis en position d’enquêteur. De séquences en séquences, il entendra des voix évoquer les expériences étranges auxquelles les puits donnent lieu – expériences dont le plus étrange est peut-être qu’elles sembleront souvent familières. Mais ces puits, est-ce encore « du sexe » ? Ce que nous appelons ainsi n’est-il pas déjà une sorte de puits ? Qui sait ? Au final le lecteur aura peut-être moins découvert un monde fictif de plus, que de nouvelles images, un nouveau langage pour parler de ce qu’il vit. « Pénétration », « profondeur », « ouverture », n’auront plus le même sens qu’avant. « Libération sexuelle » non plus. En refermant les Puits, on aura aussi appris ce qu’est un « craquage », une « aiguille ». Et certains des mots qu’on avait l’habitude d’employer sonneront peut-être creux.

« Et si l’on racontait le sexe comme le partage d’un certain lieu ? » C’était au lever, et l’image avait la douceur, l’amertume, l’évidence et la persistance idiotes des érections matinales : un halo de lumière un peu bleue, traversée par un bruit de respiration anonyme. À bien l’examiner, il était difficile de savoir si cette lumière et ce souffle venaient de plus bas, ou s’ils s’étaient condensés là comme l’oeil calme d’un cyclone. Toujours est-il que cela s’appelait un puits. Et tout autour, à perte de vue, une ville où l’on ne compte plus les étages, les coursives, les ponts, les escaliers. Les tours, les usines, les entrepôts, les murailles de verre. Les puits de lumière et de vent. Les voix qui les racontent. »

Depuis son lancement, la collection « Par Ailleurs Riponne » se proposait de mêler les disciplines et les genres littéraires. Après des livres de phénoménologie, de philosophie antique, de métrique grecque,… il s’agit ici du premier texte littéraire de la collection.

  • Date de parution : 13 octobre 2010
  • ISBN : 978-2-911087-78-3
  • 12,00 €
  • 12,5 x 20 cm
  • 72 pages
  • 97 g